Écrit par Boudin Hervé   

Pin sylvestre sur roche

Lors d’une de mes promenades en forêt,

j’ai ramassé un Jeune semis de pin qui pendait lamentablement au bord d’un talus.

 

 

Il ne tenait plus que par 2 longues racines, et aurait fini par dégringoler sur le chemin pour y sécher inexorablement. En règle générale, je délaisse ce genre de matériel, pour me concentrer sur des pièces plus intéressantes, qui ne laissent pas de place à l’improvisation (repérage, préparation sur 2 ans, demande d’autorisation, extraction, puis reprise et culture)

Mais là, j’étais en pleine phase de réflexion sur les techniques de reprise, et je me suis dit qu’il validerait une de mes idées. Je l’ai donc récupéré sans précaution particulière, et empoté dans un pot transitoire, un de ces pots profonds ou l’on cultive les rosiers, avec pour substrat, du sable à bâtir, afin d’y insérer ses longues racines.

Il n’a pas émis de chandelles la 1ère année, tout en restant bien vert. Il a émis des bourgeons l’année d’après, me confortant dans ma démarche technique.

Néanmoins, c’était un petit arbre atypique, et je passais du temps lors de mes arrosages à essayer de lui imaginer un futur.

Je ne me presse jamais à travailler un arbre, si le projet n’est pas clair dans ma tête.

Cela lui laisse également le temps d’exprimer sa vigueur, ce qui oriente ensuite mes choix

C’est un processus qui varie selon les arbres, mais il me permet d’éviter les grosses erreurs.

Pour illustrer mon propos, dans son cas, je le voyais plutôt en semi-cascade, voire en cascade, mais les courbes de son tronc ne s’y prêtaient pas, ou alors, avec une forte ligature, et je n’en avais pas envie. Le déclic vint en posant, à côté de lui, une des jolies pierres que je ramasse au hasard de mes pérégrinations. Les 2 mouvements semblaient s’accorder de façon harmonieuse, il me restait un pot industriel chinois, relativement profond, émaillé d’un bleu soutenu, qui contiendrait les racines et le montage de la pierre.

Pour commencer, différentes vues de l’arbre et de la pierre


La texture de cette pierre, un beau récif calcaire très érodé, presque un petit paysage à lui tout seul, avec de nombreuses anfractuosités, des dentelures, et une belle patine grise, qui va bien avec l’écorce de ce pin.



Et en plus, le bleu du pot va bien avec la pierre ! que demande le peuple ?

Maintenant, un peu de bricolage pour fixer la pierre dans le pot, sans obstruer son trou de drainage.


Bon, après, c’était trop délicat tout seul pour prendre des photos, donc je vous livre le résultat directement ; mais en gros :

J’ai fixé la pierre au bout de bois

Il avait émis de belles racines que j’ai disposées dans le pot autour du bout de bois

Je l’ai fixé avec du lien horticole à la pierre par les racines apparentes

J’ai comblé les vides avec du substrat (pomice + 10% de tourbe blonde)

Je suis allé me laver les mains pour prendre une photo !

Non, plusieurs photos en fait, après nettoyage et mise en place de mousse pour faire joli !


Il ne reste plus qu’à mettre en forme, ce qui fut fait durant une de ces soirées d’hiver, ou le crépitement du feu nous fait oublier le hurlement des meutes de loups affamés.

L’idée de la mise en forme, étant d’accorder au mieux les mouvements de l’ensemble.

Ensuite, il faudra au prochain rempotage, remonter un peu la pierre pour accentuer l’effet falaise de l’espace vide, soit dans un autre pot, soit dans celui-là, mais avec un contrepoids pour stabiliser l’ensemble (jardinage et bricolage sont les mamelles du bonsailliste !)